lundi 13 octobre 2008

Faire une (bonne) explication de texte

Généralités
L’étude de texte porte sur un texte extrait de l’œuvre d’un philosophe faisant partie de la liste des auteurs au programme. Cet extrait est précédé de la mention : « Expliquer le texte suivant : », et suivi de « La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. »
L’explication de texte est un exercice qui, d’après les textes officiels, autorise une ignorance de tout ce qui est autour du texte. Face à un texte, vous n’êtes pas censés connaître l’histoire de la philosophie. Il vous est simplement demandé de conduire une étude ordonnée du texte et d’en dégager l’intérêt philosophique. Ces deux exigences ne sont pas vraiment distinctes : une étude bien menée du texte en montre toute la richesse et prépare donc la mise au jour de son intérêt.

La méthodologie de l’explication de texte philosophique est particulière, elle ne ressemble pas à celle de la dissertation philosophique (même si elle doit en prendre la forme : introduction, parties et paragraphes, conclusion, dont l’organisation dépend de l’extrait). Il faut donc veiller à la respecter, et ne pas s’inspirer du thème développé par l’auteur pour faire une dissertation sur ce thème (Exemple : le thème traité par l’auteur est le travail. Il faut suivre et expliquer le texte sur le travail grâce à vos connaissances sur ce thème, mais il ne faut pas prendre comme appui le texte pour faire une dissertation sur le travail.)

Pour commencer, il est très important de lire attentivement le texte. Il faut avoir une lecture active dès le début et chercher à résumer le texte, en identifiant quelles sont les parties (ou moments) et quelle est la fonction de chacune dans l’argumentation du texte.

La structure du texte.
• Les connecteurs logiques (or, mais, donc, en effet,…) sont des indicateurs importants, mais ils ne délimitent pas nécessairement les grandes parties du texte. C’est le sens qui détermine les grandes articulations.
• Pour un même texte, plusieurs découpages sont possibles. Ce qui compte, c’est la manière dont vous justifiez votre découpage dans votre explication.
• Tous les cas de figure sont possibles : démonstration d’une thèse, textes narratifs, dialogues, listes, exposés sans argumentation, etc. On attend de vous que vous soyez capables d’identifier le type de texte dans sa singularité.

Il existe cependant des structures plus fréquentes que d’autres :
• Enoncé d’une thèse (paradoxale), justification par un exemple et éventuellement reprise de la thèse sous une forme un peu modifiée
• Description d’une situation concrète, induction d’une thèse générale (paradoxale), et éventuellement explication ou nouvelle illustration ou déduction d’une conséquence qui apparaît comme une seconde thèse.

Plan de travail :
• Découper le texte en parties
• Résumer chacune de ces parties en une phrase afin d’obtenir le plan général du texte.
• Résumer l’ensemble du texte en une seule phrase synthétique qui pourrait servir de titre : c’est la thèse de l’auteur.
• Chercher à quel(s) thème(s) philosophique(s) se rapporte cette thèse.

Rédaction :
• Enoncer le thème philosophique, la thèse de l’auteur et les moments successifs de son argumentation.
• Construire autant de parties que vous en avez repéré dans le texte.
• La dernière partie doit reposer sur la discussion de la thèse de l’auteur : ce n’est pas une critique, mais une mise en perspective de sa thèse (éventuellement faire appel à d’autres auteurs ayant développé une thèse différente sur le même thème).
Le but du commentaire de texte est de montrer que le texte vous donne à réfléchir. Il faut donc souligner son intérêt.

Attention
• Ce n’est pas l’auteur que vous discutez, mais le texte.
• Exercez votre esprit critique mais restez humbles.
• La discussion repose sur la problématisation du texte.
• Mieux vaut ne pas faire de discussion plutôt que de revenir à la doxa critiquée par l’auteur.

Les quatre erreurs fatales à éviter.
• Ne pas se servir du texte comme prétexte à la réflexion. C’est une erreur fréquente de s’emparer du thème du texte et de la traiter sous la forme d’une dissertation. Au contraire, le texte est le seul guide, et il convient de ne jamais s’en éloigner, ni de le détourner.
• Eviter la paraphrase, c’est-à-dire bavarder, répéter autrement, ce qui se trouve déjà dans le texte.
• Proscrire le commentaire mot à mot qui, en mettant tout sur le même plan (l’essentiel et l’accessoire), détruit le sens du texte. Un terme n’a de sens que dans son contexte et ne peut s’expliquer pour lui-même, dans l’ignorance de ce qui l’entoure.
• Ne pas se précipiter dans la critique et la condamnation systématique. Il s’agit d’abord d’épouser la pensée de l’auteur, d’en montrer toute la profondeur, avant une éventuelle prise de distance. La critique malveillante témoigne souvent d’une incompréhension de la position véritable de l’auteur.


L’introduction de l’explication de texte

Tout texte est paradoxal, c’est-à-dire qu’il s’oppose à une opinion commune, à un préjugé (ou à la thèse d’un autre philosophe). Quel est ce préjugé, et pourquoi l’auteur le dénonce-t-il, quel problème y voit-il ? Voilà ce qu’il faut exposer dès le début de l’explication, pour permettre au lecteur de savoir de quoi l’on parle et quel est le problème philosophique traité. L’introduction a donc pour fonction de présenter le paradoxe du texte.

Présentation d’une introduction d’explication de texte.
1. Une phrase générale exprimant la « doxa », l’opinion commune qui est dénoncée par l’auteur. C’est en l’énonçant que vous mettrez en place le fond sur lequel le texte étudié va prendre son relief et son sens.
2. Une phrase d’introduction au texte : par exemple : « Le texte de (…) est donc paradoxal puisqu’il nous invite à dépasser ce préjugé… ». (C’est une formulation parmi d’autres. Ce qui compte, c’est de faire ressortir l’opposition du texte au préjugé énoncé d’abord).
3. Une phrase justifiant brièvement la thèse du texte, ou soulignant la nécessité d’examiner de plus près le problème posé.
4. L’annonce du plan de l’explication : une phrase pour présenter chaque partie du texte. Par exemple :
o « Nous analyserons d’abord le premier temps du texte… » : identification de ce premier temps, son statut formel (thèse, exemple, question) et son contenu.
o « Dans un second temps… » : identification de ce second temps, statut formel et contenu.
o Etc., selon le nombre de parties selon lequel vous avez décomposé le mouvement du texte.


La conclusion de l’explication de texte.

Rédiger une conclusion doit être une suite naturelle de votre réflexion visant à faire comprendre au lecteur que vous considérez que cette réflexion a atteint sa limite. Il s’agit de rappeler le strict nécessaire pour faire apparaître cette « limite ». Vous faîtes comprendre au lecteur que vous pourriez pousser encore plus loin la réflexion, mais que cela vous entraînerait à sortir du sujet de départ.
La conclusion vient à la suite de la discussion. C’est le moment où, après avoir éventuellement critiqué le texte, vous faîtes la part des choses pour rappeler ses mérites et montrer que votre propre critique a ses limites.
La conclusion a donc pour but de formuler le résultat de votre réflexion et de l’ouvrir sur un nouveau problème possible.

2 commentaires:

Marieka a dit…

La voie de la philosophie s'est éclaircie. Merci :)

MadWorld a dit…

merci beaucoup c'est très utile! Par contre, j'ai une question, est ce que dans chaque "temps" du texte, (donc chaque partie), on doit faire des sous parties? Comme dans les compositions ? merci !